Les médicaments entrent en scène

Les insectes sont partout sur la planète, omniprésents et même envahissants. Après avoir suggéré de les accommoder à toutes les sauces (fourmis au chocolat, beignets de sauterelles...) pour profiter de leur taux important de protéines et ainsi réduire les famines, les scientifiques les utilisent aujourd'hui à des fins médicales, comme des petits laboratoires vivants. Contrairement aux apparences, l'idée n'est pas nouvelle... mais date de l'Antiquité ! Les anciens déjà mettaient les insectes sur ordonnance, souvent de façon farfelue (les fourmis contre la surdité, les mouches écrasées contre la calvitie). Depuis, bien d'autres espèces ont été testées en laboratoire, souvent avec succès. Ainsi, le venin de la tarentule pourrait sauver des malades cardiaques ou cancéreux, en bloquant l'action des pores des cellules impliqués dans la fibrillation cardiaque ou dans la propagation de la tumeur. Une autre araignée est « domestiquée » pour sa toile à la fois fine et élastique, résistante à l'infection, bref, idéale pour retisser de nouveaux tendons et ligaments.

 

Si les insectes de tous poils sont aujourd'hui au cœur des recherches les plus performantes, c'est surtout parce qu'on leur a découvert un atout majeur : leur système immunitaire, très étonnant, est particulièrement bien adapté pour résister aux infections. Face à une invasion par des bactéries ou des champignons, il fabrique aussitôt des peptides (petites protéines), en quantité et qualité adaptées. L'idée de certains chercheurs, et de la société EntoMed, créée en 1999 à partir du Centre National de Recherche Scientifique (CNRS), n'est pas seulement d'élever des insectes en batterie pour recueillir leur précieuse production, mais d'analyser précisément la nature des molécules médicamenteuses, puis de les fabriquer artificiellement.

 

Principal objectif, la lutte contre les infections nosocomiales, c'est-à-dire qui ont été attrapées suite à un acte médical ou chirurgical. On en déplore 800 000 chaque année en France. Cette importance est notamment liée au fait que bon nombre de bactéries sont devenues résistantes aux antibiotiques existants. Cette résistance aux antibiotiques est, en quelques décennies, devenue un problème majeur de santé publique, et il devient urgent de découvrir des médicaments anti-infectieux d'un nouveau genre. Le gros avantage des peptides est qu'ils tuent les champignons ou les bactéries rapidement, et génèrent bien moins de résistance. Certains d'entre eux devraient être testés chez l'homme d'ici quelques années. D'ici là, évitez d'écraser ce gentil moustique, il pourrait bien un jour vous être utile !