Internet modifie-t-il notre cerveau ?

Recherche d’informations, réseaux sociaux, jeux et achats en ligne… Il existe mille raisons de faire appel à nos écrans. Nous passons en moyenne cinq heures par jour sur nos smartphones ou nos ordinateurs*. Mais si nos habitudes de vie ont changé, cette surconsommation d’internet a-t-elle des effets sur notre cerveau ?

Et si l’usage régulier du Web influençait voire modifiait notre cerveau ? C’est la question que se sont posé de nombreux spécialistes face au changement de nos modes de vie.

1. Internet active de nouvelles zones du cerveau

Surfer, jouer, communiquer avec des amis virtuels, répondre aux e-mails… autant d’actions différentes sollicitant des parties nouvelles de notre cerveau. Car, bonne nouvelle, à chaque apprentissage ce sont de nouveaux circuits de neurones qui se mettent en place, permettant à notre cerveau de s’adapter aux changements.

En clair, notre cerveau grâce à son « élasticité » se développe au gré des nouvelles informations. La démonstration en a été faite en 2009 par des chercheurs américains après comparaison entre des internautes expérimentés et des débutants. Les premiers activaient plus de zones cérébrales lors d’une utilisation d’un moteur de recherche que les seconds.

2. La mémoire travaille moins

Nous l’entendons souvent : notre mémoire serait moins sollicitée du fait de l’utilisation des nouvelles technologies et plus particulièrement des moteurs de recherche. Pourquoi, en effet, se fatiguer à se souvenir de ce qui est écrit alors que tout est sur Internet, consultable à tout moment, de notre ordinateur, mais aussi de notre téléphone, ou de notre tablette, de notre télévision connectée… ?

De plus, la mémoire à court terme est vite saturée : les personnes ayant pris l’habitude de jongler entre la consultation d’informations – parfois inutiles à leurs besoins initiaux – et d’être multitâches, ont des difficultés de concentration. Selon le directeur du laboratoire Langage Mémoire et développement cognitif de Poitiers, Jean-François Rouet, les personnes qui utilisent internet comme source d’information, font moins d’efforts pour mémoriser constatant qu’il « y a moins de transferts d’informations vers la mémoire à long terme »**.

3. La lecture à l’écran n’active pas les mêmes zones du cerveau

De l’image illustrant l’article à l’écran, à la pub qui clignote ou au titre racoleur, nos yeux ont de multiples raisons d’errer ici ou là avant de s’imprégner de ce qui est écrit sur une page Web. À cause de cette pensée distraite, de cette lecture en diagonale, on lit 25 % plus lentement que sur papier. De plus, parcourir un livre active les zones cérébrales du langage, de la mémoire et de la vision, alors que lire sur écran sollicite uniquement la zone liée à la prise de décision.

L’observation du parcours des yeux nous le démontre : devant un livre, « le mouvement oculaire est caractérisé par des fixations plus ou moins longues et de nombreux retours en arrière : on parle d’une lecture profonde et attentive, explique Thierry Baccino, professeur de psychologie cognitive***. La lecture du Web, elle, n’est pas linéaire. C’est une lecture sélective de recherche d’information qui doit être rapide et efficace. »

Faut-il pour autant quitter nos écrans ? Certes, non… Mais faire bon usage de l’outil peut nous éviter de tomber dans le piège d’une transformation trop brutale de son cerveau. Développer son sens critique (d’où vient cette information, est-elle juste…), entraîner sa mémoire à court terme (en lisant le texte à l’écran et tenter de se le remémorer), se passer d’internet un jour sur deux, etc. Du bon sens indispensable pour un cerveau… moins déformé !

* Source : http://www.blogdumoderateur.com/chiffres-internet/

Un Français dépense en moyenne 4,1 heures par jour via un ordinateur, 1 heure via un mobile sur internet.

** Santé Magazine, janvier 2013

*** Témoignage issu de Télérama, 9 février 2013